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Quand une manifestation dérape, les fauteurs de troubles doivent payer la facture

Article paru dans La Liberté le 31.10.2025

Des casseurs provoquant blessés et dégâts comme à Berne le 11 octobre lors d’une manifestation pour Gaza? L’Alliance Sécurité Suisse veut serrer la vis du cadre légal et combler les lacunes empêchant le Service de renseignement de la Confédération d’agir préventivement. Interview de Jacqueline de Quattro

L’Alliance sécurité suisse estime que le cadre légal pour réprimer l’extrémisme violent n’est plus adapté. Quel est sont point faible ?

Les fauteurs de trouble violents profitent de se fondre dans la foule d’une manifestation pour commettre des excès de violence. Ils agissent souvent à visage couvert et sont difficiles à appréhender et à identifier. Ils laissent derrière eux dévastations, blessés et des frais importants, sans en assumer les conséquences. Les commerçants vandalisés, les forces de l’ordre attaqués, les propriétaires des bâtiments abîmés, et les contribuables en font les frais. Et s’il y a des arrestations, rares sont les condamnations. Le problème, ce sont les lacunes dans la loi.

Comment peut-on renforcer les moyens de lutte lorsque des gens violents infiltrent des manifestations pacifiques et provoquent des blessés en nombre comme le 11 octobre à Berne où 18 personnes ont été blessées parmi les forces de l’ordre ? 

Nous proposons plusieurs mesures concrètes pour prévenir les actes de vandalisme et pour sanctionner les auteurs de telles violences gratuites comme ils le méritent. La prévention et la poursuite pénale de ces actes doivent être facilités. A cette fin, nous avons mis sur pied une groupe de travail multipartite qui a planché sur des solutions. Il est indispensable non seulement de durcir la loi mais aussi de l’appliquer !

Les arrestations à la suite de ces actes sont nombreuses mais votre Alliance estime que les condamnations le sont moins. Mettez-vous en cause le fonctionnement de la justice ?

Le parlement vote des lois, les tribunaux les appliquent. Parfois je souhaiterais qu’ils se montrent plus sévères. Nous pouvons leur donner la possibilité dans la loi de prononcer des peines plus sévères et de faire passer les extrémistes violents à la caisse pour réparer les dégâts qu’ils causent.

 Le port d’objets dangereux (casque, lunettes de plongée, matraques, pétards, lasers) n’est pas réglementé. Est-ce une lacune à combler ?

Nous l’avons fait dans le canton de Vaud il y a une quinzaine d’années déjà : lorsque j’étais Conseillère d’Etat en charge de la sécurité dans le canton de Vaud, j’ai fait interdire les cagoules et les objets dangereux dans les manifestations. Au niveau fédéral, le fait d’apporter des objets dangereux et manifestement destinés à provoquer des émeutes n’est pas réglé dans la loi. Il en va de même pour les cagoules. Or l’anonymat protège les casseurs.

Pour les actes graves, les peines privatives de liberté devraient-elles être allongées ?

Clairement. Les peines, s’il y en a, sont beaucoup trop légères. Elles n’ont jamais dissuadé un casseur de récidiver. Le sursis non plus d’ailleurs. Il n’y a rien de pire que l’impunité.

Faut-il donner plus de moyens d’action au SRC de prévoyance ciblée et si oui lesquels ?

Après des appels à la violence, les meneurs doivent pouvoir être identifiés. On doit pouvoir lever l’anonymat pour poursuivre les auteurs des infractions. Pour cela, il faut pouvoir surveiller l’extrémisme violent de manière ciblée, bien sûr après autorisation. Cela permettra de mieux détecter les risques et de prévenir les débordements. Aujourd’hui, cela n’est pas possible.

Préconisez-vous le recours à l’utilisation de l’IA pour identifier les individus cagoulés ?

Les casseurs dissimulent leurs traits pour échapper à toute poursuite, pour ne pas devoir répondre de leurs actes. C’est trop facile. Je suis d’avis que les cagoules doivent être interdites dans les manifestations. Et il doit aussi être possible de faire recours à la reconnaissance faciale et des mouvements pour désanonymiser les casseurs.

Etes-vous favorable à la prolongation de la garde à vue de 24 à 48 h et si oui pourquoi ?

Les personnes interpellées ne peuvent être placées que 24h en garde à vue. C’est insuffisant pour réunir les preuves et pour identifier les casseurs, surtout s’ils ont agi à visage couvert. Il faut donner le temps à la police de faire son travail d’investigation. Cela aurait au surplus un effet dissuasif : une personne arrêtée le samedi soir manquerait au travail ou aux cours le lundi matin. Cela se remarque.

Certaines mesures que vous demandez requièrent davantage de personnel. Or, Confédération et cantons serrent la vis budgétaire. N’y a-t-il pas là un frein à votre pacte national ?

Nous ne demandons pas plus d’argent mais des mesures plus efficaces et de combler les lacunes existant actuellement dans nos lois. La Suisse a longtemps cru être à l’abri des milieux extrémistes violents. Nous avons eu tort de les sous-estimer. L’extrémisme violent monte chez nous aussi, encouragé par le contexte géopolitique actuel et par la radicalisation de plus en plus de jeunes, notamment pas le biais des réseaux sociaux. Le risque d’embrasement est réel.