IA : ne laissons pas les femmes au bord du chemin
Article paru dans 24 Heures le 18.09.2026L’IA est en train de révolutionner le monde du travail. Elle ouvre de nouveaux horizons, est susceptible de créer des emplois et stimule la productivité. Mais elle est loin d’être neutre du point de vue du genre. C’est ce que révèle une étude de l’Organisation internationale du travail (OIT). Des conclusions qui interpellent alors que l’égalité des chances peine toujours à se réaliser.
Le développement de l’intelligence artificielle générative pourrait désavantager les femmes sur le marché du travail. Elles seraient plus exposées que les hommes : 80% contre 60 %. Elles n’auraient pas le même accès à l’emploi, aux opportunités ni aux protections. Sans garde-fous, cette révolution pourrait amplifier les inégalités.
Les raisons de cette situation sont structurelles. Les femmes sont celles qui occupent le plus souvent des emplois qui sont menacés d’être automatisés. Elles demeurent sous-représentées dans les domaines qui conçoivent et gouvernent l’IA. En 2022, elles étaient environ 30% de la main-d’œuvre mondiale de l’IA. Un chiffre qui a à peine évolué en six ans. Enfin il apparaît que les systèmes d’IA reflètent et reproduisent souvent des discriminations ancrées dans la société.
Les impacts pour les personnes qui seront touchées par ces bouleversements seront importants : chômage et précarité. Sachant que les femmes gagnent toujours près de 16% de moins que les hommes et que l’accès aux sphères dirigeantes leur est encore limité, il est inacceptable que l’intelligence artificielle contribue à freiner l’égalité. Voire nous fasse reculer. Nous devons être vigilants.
Soutenus par des élus de tous les partis – un symbole fort -, j’ai ainsi déposé une motion demandant que la Stratégie Égalité 2030 tienne compte des changements dus à IA. Il est en effet essentiel que ces transformations soient suivies et documentées afin de prévenir les risques d’aggravation des inégalités existantes et, le cas échéant, de trouver des correctifs. Le Conseil fédéral partage notre constat. Ce qui me réjouit.
En effet le progrès ne doit pas aller à l’encontre de l’égalité. Nous devons éviter de renforcer les discriminations et mettre en œuvre des solutions permettant d’optimiser les conditions de travail tout en favorisant la croissance et l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Concevoir des politiques qui soutiennent les transformations et le progrès tout en restant équitables. La balle est à présent dans le camp du Parlement.
Nos choix détermineront si l’IA générative devient une force au service d’une plus grande égalité ou si elle est au contraire un frein. La Suisse a toutes les cartes en main, grâce notamment à la flexibilité du marché de l’emploi, à la qualité de notre formation et à notre partenariat social, pour réussir cette transition technologique. Sans laisser les femmes au bord du chemin.
Jacqueline de Quattro
Conseillère nationale PLR