Défense : mettons de côté nos querelles
Article paru dans le Matin Dimanche le 11.10.2026Le temps n’est plus aux polémiques. Nous ne pouvons plus nous perdre dans des querelles intestines qui mettent en danger notre défense. Elles ne doivent pas masquer l’urgence et l’importance de l’acquisition des F-35. Nous avons besoin de ces avions de combat comme nous avons besoin de nous réarmer. C’est une priorité. Et nous n’avons pas 10 ans pour le faire.
Oui, nous avons manqué d’anticipation. Nous avons pêché par optimisme. Nous n’avons pas su adapter notre système sécuritaire aux nouveaux dangers. A la fin de la guerre froide, nous avons cru que nous allions vivre sur les dividendes de la paix. Que les démocraties et le libéralisme nous amèneraient à un monde sans conflits. Nous avons alors cessé d’investir dans la défense et réduit nos capacités militaires. C’était une grave erreur.
D’autant plus que les signes avant-coureurs étaient là. Que l’on se souvienne des critiques de Vladimir Poutine lors de la Conférence de Munich en 2007 ou de la politique anti-occidentale de Xi Jinping depuis 2013. Nous nous sommes montrés trop naïfs et nous en payons les conséquences. La guerre est de retour en Europe. Et elle a favorisé une alliance anti-occidentale, composée notamment de la Russie, de la Chine et de la Corée, qui amplifie les risques.
Notre manque de prévision s’est encore illustré avec les hostilités au Moyen-Orient. Nous avons sous-estimé les répercussions de cette guerre. Une guerre qui montre que l’armée la plus puissante du monde – celle des Etats-Unis – est tenue en échec par celle d’un Etat paria, l’Iran. Qui mise sur les nouvelles technologies comme les missiles et les drones. Une estimation sous-évaluée qui a un impact majeur sur l’économie mondiale.
Nous vivons une polarisation grandissante, qui a donné naissance à un nouvel ordre mondial où deux changements importants s’affrontent : l’un géopolitique et l’autre technologique. Une situation aggravée par les agissements d’un président américain erratique qui laisse tomber sans aucun scrupule ses alliés en Europe, en Asie ou encore au Moyen-Orient. Nous devons tirer les enseignements de ce nouveau contexte géopolitique et nous préparer à l’affronter.
La première urgence est d’être capable de nous défendre. C’est ce que font nos voisins, qui modernisent leur défense en la rendant plus compétitive et plus réactive. Les dépenses militaires de l’UE sont passées de 262 milliards d’euros en 2022 à 418 milliards en 2025, et devraient atteindre 454 milliards cette année. La Russie prévoit, elle de dépenser 181 milliards d’euros pour sa défense en 2027.
La crise sécuritaire nous oblige à prendre, nous aussi, les mesures qui s’imposent. Plus de moyens pour lutter contre les drones, les missiles de croisière, les missiles balistiques. Sans oublier les attaques cyber. Plus nous attendons, plus la facture explose.
La défense aérienne est une priorité absolue. Renoncer au F-35 serait, dans le chaos géopolitique actuel, aussi risqué qu’irresponsable. Le Parlement l’a bien compris en approuvant 400 millions supplémentaires pour garantir l’acquisition d’au moins 30 appareils.
Nous défendre a un prix. Nous allons devoir faire des arbitrages politiques et trouver des compromis. Hiérarchiser les priorités. Oser remettre en question certaines subventions. Car d’autres crises comme celle du dérèglement climatique, de la sécurité hydrique ou les risques liés à l’IA ajoutent de nouvelles vulnérabilités. Pour monter en puissance, des investissements financiers sont donc indispensables. D’où la nécessité de créer un fonds pour le financement de l’armée.
Il est temps de mettre de côtés nos querelles. Grand temps. Une commission d’enquête parlementaire sur l’avion de combat ne nous ferait pas avancer. Certes, si des manquements ont été commis, ils doivent être corrigés. Mais ils ne doivent pas nous empêcher de prendre les décisions stratégiques et urgentes.
Face aux menaces qui s’accroissent en l’Europe, montrons-nous responsables et solidaires. Assumons nos décisions. Nous ne pouvons plus nous permettre le luxe de nous diviser.
Jacqueline de Quattro
Conseillère nationale PLR