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Approvisionnement énergétique : l’alliance de tous les dangers

Article paru dans Le Temps le 17.12.2025

Le vortex polaire va-t-il s’effondrer sur la Suisse et faire chuter les températures ces prochaines semaines ? Un scénario véhiculé par les médias qui ne fait même plus frissonner. Si Météo suisse réserve encore ses prévisions, plus personne ne craint aujourd’hui d’avoir froid et de connaître une pénurie d’électricité. Et pourtant. En 2018, notre pays avait enregistré une vague de froid atteignant les – 28 dans certaines régions et même -15,6 degrés en dessous de 1000 mètres.

La sécurité de notre approvisionnement n’est pas garantie. Des incertitudes demeurent sur les capacités d’importation, le développement des énergies renouvelables ou l’évolution de la consommation. Et une alliance de tous les dangers se profile.

Nous nous trouvons à un moment charnière de notre politique énergétique. Après avoir approuvé la stratégie énergétique 2050 en 2017 et la loi sur le climat et l’innovation en 2023, le peuple a dit oui massivement à la loi sur l’électricité en juin 2024. A trois reprises, les Suisses se sont prononcés pour la transformation de notre système énergétique. Car d’ici 25 ans, notre pays veut réduire ses émissions de gaz à effet de serre à zéro émission nette.

Mais la donne a changé. Nos importations souffrent du contexte géopolitique actuel, en proie à de fortes tensions. Notre pays importe plus de 70% de son énergie, avec un taux d’indépendance énergétique de seulement 29,6%. Nous avons un déficit d’énergie surtout en hiver. La question du stockage n’est pas résolue. Quant aux besoins d’électrification de la société, ils ont pris l’ascenseur (IA, digitalisation, robotisation, mobilité électrique, voire plus)

Et le développement des énergies renouvelables avance péniblement. Trop de projet sont bloqués. Certes, le Parlement a adopté en septembre le projet d’accélération des procédures. Les grandes centrales solaires, les parcs éoliens et les centrales hydroélectriques pourront enfin être planifiés et approuvés plus rapidement. Un plus incontestable.

Néanmoins, la situation reste insatisfaisante. Comment alors allons-nous assurer la sécurité énergétique de notre pays ? Un approvisionnement sûr est indispensable à notre économie et à la population. Nous devons impérativement augmenter nos capacités de production. Et améliorer l’efficience énergétique.

L’approvisionnement énergétique de notre pays est au cœur de deux dossiers : d’abord l’Accord sur l’électricité avec l’Union européenne. C’est un élément central pour un approvisionnement énergétique avantageux, sûr et renouvelable. Même en cas de crise. Les États voisins n’auront plus le droit de restreindre les exportations d’électricité vers la Suisse. Un avantage décisif, surtout pendant l’hiver.

Mais voilà, cet accord déplaît à l’UDC et aux cantons alpins qui craignent pour l’hydroélectrique. Le projet ne contient pourtant pas de dispositions relatives à la redevance hydraulique ou à l’attribution de concessions pour les centrales hydroélectriques. Notre pays continuera de décider lui-même de l’utilisation de son or bleu. Notre souveraineté n’est pas compromise. Ces inquiétudes sont donc infondées.

Il y a ensuite initiative « Stop au blackout » sur laquelle les Suisses seront appelés à se prononcer. En précisant que toutes les formes de production électrique respectant l’environnement et le climat doivent être autorisées, le texte rouvre la porte à l’atome. Ce qui sape les efforts de la transition énergétique pourtant décidés par le peuple.

Le Conseil fédéral lui oppose un contre-projet visant à lever l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires afin d’assurer la sécurité de l’approvisionnement sur le long terme. Il s’appuie sur les 53% de la population, favorable à la construction de nouveaux réacteurs, selon les sondages.

Avant de jeter ce contre-projet aux orties, il convient de faire une pesée d’intérêts. De poser des conditions au niveau de la sécurité, de la gestion des déchets. Car il faut éviter que les opposants à l’accord sur l’électricité et les partisans de l’initiative s’unissent.

Une telle alliance est dangereuse. Elle pourrait conduire au rejet de l’Accord sur l’électricité et entraîner dans sa chute les bilatérales III. Et à l’acceptation de l’initiative. Ce qui pourrait entraver le développement de notre économie et freiner les énergies renouvelables. Un scénario à éviter à tout prix.

Jacqueline de Quattro

Conseillère nationale PLR