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Le gaz hilarant, ce nouveau poison qui n’a rien de drôle

Article paru dans Le Matin Dimanche le 22..02.2026

Le gaz hilarant, ce n’est ni marrant ni festif. Il séduit pourtant de plus en plus nos jeunes. C’est même devenu une mode. Il suffit de quelques bouffées de protoxyde d’azote pour devenir euphorique et perdre tous ses repères. Cette pratique suscite de graves inquiétudes dans les pays voisins qui prennent des mesures. La Suisse demeure à la traîne.

Le protoxyde d’azote peut tuer. De nombreux consommateurs ne se rendent pas compte du risque qu’ils courent quand ils en prennent, notamment lorsqu’ils sont au volant. Ce gaz hilarant peut rendre dépendant et avoir de graves répercussions sur la santé, particulièrement sur le plan neurologique.

En France, trois jeunes ont été retrouvés noyés avec des bonbonnes de ce poison dans leur voiture. Les accidents, les paraplégies, les décès causés par ce gaz se multiplient. Et en Suisse ?

Notre pays n’échappe à ce fléau. L’Association pour la Sauvegarde du Léman a trouvé récemment 80 bonbonnes de protoxyde d’azote dans le Léman. En décembre dernier, ce sont 90 bouteilles qui ont été découvertes à Vernier. Plus grave encore. Certaines d’entre elles sont ramassées aux abords des écoles. C’est inquiétant.

Surtout que le trafic s’amplifie et s’organise. Que ce soit dans les boîtes de nuit ou sur les réseaux sociaux. Des trafiquants viennent d’être arrêtés dans une station de ski française. Des cartouches de protoxyde d’azote parfumées à la banane ou à la fraise ont fait leur apparition sur le marché. La tentation est partout. D’autant plus que cette substance n’est pas chère.

Le Conseil fédéral lui-même constate une augmentation des saisies de protoxyde d’azote effectuées par les douanes suisses. Ce phénomène n’est donc plus marginal. Il a pris de l’ampleur, et pourtant il continue de passer sous les radars. Cette banalisation préoccupe vivement les médecins et les milieux de la prévention.

Que fait alors la Suisse pour protéger la santé de nos jeunes ? En comparaison avec d’autres états européens, notre pays peine à légiférer. La France, les Pays-Bas ou encore le Royaume-Uni ont décidé dernièrement des mesures pour éloigner ce gaz festif de nos ados. Plusieurs villes françaises viennent de signer un arrêté pour notamment interdire sa consommation sur l’espace public et restreindre sa vente, à l’exception des professionnels. Certains élus de l’hexagone appellent à une évolution législative.

Chez nous, les fêtards profitent d’un vide juridique. Le gaz hilarant n’est toujours pas considéré vente comme un problème de santé public. La consommation et la vente du protoxyde d’azote sont en libre. Certains cantons ont cependant pris des mesures. Ensuite de plusieurs accidents, le Tribunal fédéral a confirmé la décision de Bâle-Ville d’interdire sa vente ou sa remise, lorsqu’il est destiné à être inhalé.

Les spécialistes avertissent : la consommation de protoxyde d’azote à des fins récréatives reste peu documentée dans notre pays. Les données statistiques sont insuffisantes. Il n’y a pas de monitoring. C’est encore un phénomène méconnu, qui n’apparaît pas dans les structures pour les addictions. Ainsi le CHUV et les HUG ne recensent pas les cas.

Nous devons rattraper ce retard et prendre la problématique au sérieux. Il menace de plus en plus nos jeunes. Le gaz hilarant n’a rien de drôle : il fait de gros dégâts et entraîne des problèmes financiers et sociaux.

L’année passée déjà, j’ai demandé au Conseil fédéral d’établir un état des lieux sur l’usage festif du protoxyde d’azote et de faire des propositions pour enrayer ce danger. Le gouvernement m’a répondu favorablement ; il s’est dit prêt à examiner les données disponibles ainsi que les différentes solutions pouvant être envisagées.

Prévenir, c’est agir. Il est impératif de prendre la mesure du risque et de sensibiliser la population – et notamment les parents – sur ce nouveau fléau. De prendre des mesures efficaces pour protéger nos jeunes. D’adapter au besoin nos lois. Mais surtout de mettre sans tarder en place une stratégie de prévention. Comme la Confédération le fait pour les autres addictions.

 

Jacqueline de Quattro

Conseillère nationale PLR