N’attendons pas que nos forêts brûlent
Article paru dans le Matin Dimanche le 9.08.2026L’été 2026 a été marqué par ces rideaux de flamme qui ont embrasé les forêts de France, d’Espagne, du Portugal, de Grèce ou encore de Roumanie. En seulement deux mois, les incendies ont détruit dans ces pays près de 500’000 hectares, soit un peu plus que l’équivalent des cantons de Vaud et de Fribourg réunis, provoquant l’évacuation de dizaines milliers de personne, causant des dégâts pour des milliards et dévastant la faune et la flore. Des images terrifiantes, qui ont frappé les esprits. La Suisse a heureusement échappé aux flammes. Mais jusqu’à quand ?
Nos forêts, qui couvrent 32% de notre territoire, ne sont pas à l’abri de ces feux dantesques. Elles ne sont pas non plus épargnées par les effets de la sécheresse. En plein cœur de l’été, elles ont changé de visage et déjà pris les couleurs de l’automne. Avec la canicule, le danger d’incendies s’est accentué. Un risque à prendre très au sérieux et qui appelle à des solutions rapides.
A plus forte raison que les scientifiques de l’institut fédéral de recherche WSL s’attendent une augmentation des jours à risque d’incendie extrême. Le nombre pourrait doubler dans les cas les plus intenses. Le Valais, le Tessin en ont fait la douloureuse expérience ces dernières années.
Il est dès lors indispensable et urgent de planter des essences capables de mieux résister à la chaleur et au manque d’eau. Une transformation qui va prendre des décennies et qui demande des moyens. Or voilà que le Conseil fédéral annonce vouloir réduire les crédits destinés au reboisement de nos forêts. Ces fonds ne seront plus disponibles à partir de 2027. Une décision difficile à comprendre.
D’autant plus que le Parlement en 2020, a justement approuvé un crédit de 100 millions sur quatre ans, pour la plantation d’arbres résistants à la chaleur. Alors que ces mesures ont été prolongées, les montants alloués ont déjà été réduits d’un tiers.
Le Conseil fédéral justifie ses coups de ciseaux en argumentant que l’heure est aux économies. Le respect du plafond de la dette impose des arbitrages. C’est exact. Mais couper dans la protection de nos forêts dans le contexte actuel est un non-sens.
Car Berne peut couper ailleurs. Sur un budget fédéral de 90 milliards, il est tout à fait possible de procéder à des réductions, y compris dans l’aide au développement ou dans le social. Car des abus existent et les combattre permettrait d’économiser des millions.
Au surplus, les comptes de la caisse fédérale se portent mieux qu’indiqué. La Confédération termine l’année 2025 avec un excédent de 300 millions, alors qu’elle prévoyait un déficit de 800 millions. Et la situation budgétaire pour 2027 s’annonce meilleure que prévue grâce à l’impôt sur le bénéfice. Une marge de manœuvre existe. Utilisons-la.
Le Parlement peut corriger en décembre la décision du Conseil fédéral dans le cadre du budget. Il a la possibilité refuser cette proposition. Il doit le faire. En tant qu’ancienne ministre vaudoise de l’environnement, je vais me battre pour trouver une majorité dans ce sens.
La protection de nos forêts est essentielle et doit être comprise comme un investissement et non pas comme une dépense. Ne rien faire coûtera beaucoup plus cher. Nous avons déjà pris du retard dans ce domaine.
Mais nous devons aussi prendre nos responsabilités. Aucun feu ne part tout seul. Chacun d’entre nous peut et doit contribuer à la sauvegarde de nos forêts. Nous devons être plus attentifs que jamais : pas de mégots jetés par négligence, pas de feux en plein air ou d’engins pyrotechniques, pas de barbecues dans des endroits inappropriés.
La prudence s’impose. Elle contribue à éviter des catastrophes. La preuve : les festivités du 1er août se sont déroulées sans aucun incident grave. Quand on veut, on peut.
Donnons à nos forêts, qui sont mises à rude épreuve, les ressources nécessaires pour se renouveler. C’est à la fois un enjeu crucial pour la protection de notre environnement et notre responsabilité envers les générations futures. N’attendons pas que nos forêts brûlent.
Jacqueline de Quattro
Conseillère nationale PLR