Jacqueline de Quattro > Articles de presse  > Ne laissons pas les extrémistes radicaliser nos jeunes !

Ne laissons pas les extrémistes radicaliser nos jeunes !

Article paru dans Le Temps le 25..03.2026

Le Ministère public de la Confédération (MPC) a mis récemment en accusation un jeune homme domicilié en Argovie pour soutien à une organisation terroriste, actes préparatoires délictueux en vue d’un assassinat et possession de représentations de la violence. Il est accusé d’avoir voulu commettre un attentat au couteau au nom de l’organisation terroriste « État islamique » (EI), interdite en Suisse. Un événement, qui montre une fois de plus que la menace terroriste est bien réelle dans notre pays. Nous avons de quoi nous faire du souci.

D’autant plus que le contexte géopolitique amplifie encore les tensions actuelles. Le régime de Téhéran, qui lutte pour sa survie, appelle à la vengeance. Un message sans équivoque qui, risque de se traduire par des attaques terroristes incluant des actes de sabotage, des manifestations violentes, des campagnes de désinformation et des cyberattaques. Ces actions de représailles pourraient se produire en Europe. Et chez nous. Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) tire la sonnette d’alarme.

Depuis des décennies, notre pays est une zone d’intérêt pour les services de renseignement étrangers, y compris par ceux du pays des mollahs. Le SRC estime que le risque ne vient pas uniquement du gouvernement iranien mais aussi de ses proxys ou des réseaux criminels. Le Hezbollah est particulièrement actif chez nous. Il entretient dans la communauté chiite libanaise installée en Suisse, un réseau de personnes qui soutient l’organisation dans les affaires communautaires et politiques.

Cet environnement chaotique est de plus aggravé par la situation volatile en Syrie. D’après plusieurs experts, il semblerait que l’État islamique soit en train d’exfiltrer des personnes radicalisées de camps d’internement et de les former. Les conditions sont donc réunies pour qu’une vague de terroriste frappe l’Europe et la Suisse.

Il faut s’attendre à ce que des cellules dormantes soient activées. Le plus grand danger émane de personnes seules, appelées les « loups solitaires », déterminées à commettre des actes de violence avec des moyens simples, la plupart du temps contre des cibles difficiles à préserver. Le niveau d’alerte n’a jamais été aussi élevé depuis des années. Or ce climat de grande insécurité est un terreau idéal pour la radicalisation des jeunes.

Un phénomène qui est loin d’être marginal. La radicalisation des mineurs en ligne fait partie des préoccupations majeures de la police fédérale. Elle juge son développement très préoccupant. Quelques clics suffisent pour se retrouver enfermés dans une spirale idéologique, alimentée par des contenus qui renforcent leurs convictions.

Les extrémistes cherchent les mineurs là où ils se trouvent sur les réseaux sociaux. Ils se focalisent sur les plus influençables, en rupture ou en colère. Ils agissent comme des accélérateurs et mettent en contact les jeunes avec des communautés en ligne, via des jeux vidéo comme Roblox ou des canaux plus cryptés comme Telegram. Et leurs algorithmes accentuent la visibilité des contenus problématiques. Un marché fort juteux pour ces plateformes.

Mieux armer nos jeunes contre la radicalisation est une priorité. La Suisse doit se prémunir contre ces méthodes aussi redoutables que nauséabondes. J’ai demandé au Conseil fédéral de mettre en œuvre une stratégie pour combattre ces dispositifs d’endoctrinement. Car la Suisse est mal préparée en matière de déradicalisation. Il est temps d’agir et de prendre des mesures qui permettent de sensibiliser et de protéger nos adolescents. C’est ce que nous faisons notamment pour lutter contre la pédocriminalité.

Le Conseil fédéral a accepté ma proposition. Il considère indispensable de développer l’esprit critique et de promouvoir une culture du débat pour préparer les jeunes à l’utilisation des médias électroniques et des réseaux sociaux. Il envisage même que l’Office fédéral de la police (fedpol) puisse soutenir financièrement des projets issus de cantons, de communes, de villes, d’universités et de la société civile qui visent à lutter contre la radicalisation et l’extrémisme violent sous toutes leurs formes.

C’est une bonne nouvelle. Malheureusement, l’UDC vient d’annoncer qu’elle combat ma proposition. Difficile à comprendre. Car nous avons tout à gagner d’une meilleure protection contre la radicalisation des jeunes.

Jacqueline de Quattro

Conseillère nationale PLR