Défense de notre pays : nous devons trouver un compromis !
Article paru dans le Matin Dimanche le 21.06.2026Notre sécurité a un prix : 31 milliards sur dix ans. C’est le mondant demandé par le Conseil fédéral. Une somme importante mais indispensable. Car la situation géopolitique en Europe est instable et de plus en plus dangereuse. Ces investissements sont aussi urgents que nécessaires pour assurer la défense de notre pays. Il faut nous préparer maintenant, pas demain.
Depuis la guerre en Ukraine, la situation sécuritaire s’est gravement détériorée. Les violations répétées de l’espace aérien en Pologne, en Roumanie et des frontières baltes ainsi que les incursions de drones au-dessus du Danemark et de l’Allemagne, montrent que d’autres États européens sont dans le viseur de la politique expansionniste russe.
Le maître du Kremlin est déterminé à affermir la puissance et l’influence de son pays. La preuve : la Russie procède à un déploiement militaire sans précédent à la frontière orientale de l’Europe. De nouvelles bases sortent de terre. L’économie russe est entièrement orientée sur la guerre.
Une situation des plus critique, qui incite nos voisins à se réarmer massivement et à redynamiser l’industrie d’armement. Le budget militaire allemand a grimpé de plus de 70 % depuis le conflit en Ukraine. Même l’Autriche, pays neutre, a décidé d’augmenter les dépenses de ses forces armées. Elles atteindront 1,5% du PIB d’ici 2027.
Et la Suisse ? Depuis la fin de la guerre froide, notre architecture sécuritaire a été reléguée au second plan, négligée. Résultat : notre armée n’est plus en mesure de garantir la défense du pays, ni sur le plan des effectifs ni sur le plan matériel ! Nous devons rattraper ce retard. Nous ne pouvons pas devenir une faille dans la sécurité de l’Europe.
Où trouver alors les 31 milliards pour financer le fonds pour la défense et l’industrie ? Pas en majorant la TVA comme le propose le Conseil fédéral. Trop facile. Il est inacceptable de pénaliser encore davantage le pouvoir d’achat de la classe moyenne. Par ailleurs, cette hausse d’impôt n’aurait quasiment aucune chance d’obtenir une majorité devant le peuple dans le cadre du référendum obligatoire.
Mais nous ne pouvons pas nous contenter de dire simplement non. Il faut trouver des solutions pragmatiques, raisonnables. Le financement des 31 milliards doit s’orienter selon les conditions-cadres de notre politique financière et être compatible avec le frein à l’endettement.
Commençons par réaliser des réajustements au sein du budget de la Confédération. Sur 90 milliards, il est largement possible de hiérarchiser les priorités et de procéder à des allégements, y compris dans l’aide au développement ou dans le social. Aucun domaine ne doit être tabou.
Pour être crédible et efficace, une priorisation des mesures au sein du Département de la défense est aussi nécessaire. Tout le monde doit faire des efforts. Moins de structures administratives. Plus de moyens pour lutter contre les drones, les missiles balistiques et les missiles de croisière. Le retard pris dans la livraison des systèmes Patriot nous a rappelé que celui qui ne verse pas d’acompte, figure au bas du carnet de commandes.
Une contribution des cantons serait également la bienvenue. Durant de longues années, ils ont bénéficié du dividende de la paix notamment au niveau des hautes écoles. Pourquoi ne pas plafonner de manière temporaire leur part à l’impôt fédéral direct ? J’ai bien dit plafonner. Pas abaisser.
De nouvelles recettes peuvent aussi être envisagées. Par exemple la vente partielle de la participation de la Confédération dans Swisscom. Une telle réduction permettrait à l’Etat fédéral de rester l’actionnaire de référence sans mettre en cause sa minorité blocage. Le service universel ne serait ainsi pas compromis.
Des pistes existent et doivent servir de base de discussion. La question est : sommes-nous encore capables de faire des compromis ? De dépasser nos divergences ? De tirer à la même corde ?
Tout le monde devra y mettre du sien. Ce n’est qu`à ce prix que nous pourrons assurer notre défense nationale, notre souveraineté, notre liberté et notre prospérité
Jacqueline de Quattro
Conseillère nationale PLR