Nous tenons à notre neutralité : elle ne doit pas changer !
Article paru dans le Matin Dimanche le 12.04.2026La neutralité est dans l’ADN des Suisses. Nous y tenons et ne voulons pas qu’elle change. Pourquoi remplacer notre neutralité flexible par une neutralité figée ? Une neutralité figée, telle que voulue par l’initiative de l’UDC et de Pro Suisse, limiterait notre marge de manœuvre en matière de politique extérieure, alors que nous vivons dans un monde fracturé.
Notre neutralité flexible interdit de participer à des guerres tout en garantissant notre souveraineté et notre indépendance. Voulons-nous introduire un nouveau concept qui soutient les despotes étrangers ou garder celui qui sauvegarde nos valeurs et nos intérêts ? Faut-il privilégier la vision du général Guisan ou celle, hégémonique, de Poutine ? C’est la question à laquelle la population devra répondre.
Notre neutralité a permis à notre pays d’être épargné par des conflits meurtriers et de jouer un rôle important sur la scène internationale, en particulier dans le domaine des bons-offices. La Suisse suscite toujours respect et confiance. Elle a été élue à l’unanimité à la présidence de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour 2026.
Et voilà que, malgré cette reconnaissance, l’UDC et Pro Suisse prétendent que notre neutralité serait en danger. Leur initiative populaire exige que la neutralité soit qualifiée dans la Constitution de « perpétuelle et armée » et que notre pays n’adhère à aucune alliance militaire ou de défense.
Un corset rigide qui empêcherait le Conseil fédéral de réagir aux violations graves du droit international. Il ne pourrait plus prendre de sanctions contre les Etats belligérants. Impossible d’aider l’Ukraine en s’associant aux mesures répressives contre les Russes. Ce qui renforcerait les agresseurs, alors que le rôle de la Suisse est d’être du côté de la paix, du droit et de la démocratie.
Les pères fondateurs n’ont pas voulu que la neutralité soit un dogme rigide. Ils ont choisi un instrument qui se positionne en fonction des réalités politiques et des intérêts stratégiques. C’est sa force. Durant la Seconde mondiale, le général Guisan a conclu des accords avec la France pour protéger la population en cas d’attaque de la Wehrmacht. La flexibilité est un élément majeur du droit de la neutralité. Elle doit le rester.
Les décisions du Conseil fédéral montrent que notre neutralité demeure adaptée. Du fait de l’implication militaire, les exportations de matériel de guerre vers les Etats-Unis ne sont plus autorisées. Et des demandes de survol de notre territoire par des avions militaires américains ont été refusées.
Au nom du principe de l’égalité, le droit de la neutralité s’applique à toutes les parties en conflit. A l’Iran qui est déjà sous sanctions et à Israël où aucune vente de matériel de guerre n’est acceptée depuis des années. Il serait contre-productif d’enfermer notre neutralité dans un cadre strict qui restreindrait nos moyens d’action.
Si la flexibilité est nécessaire, la collaboration aussi. C’est une priorité. Car si notre pays est attaqué, il ne pourra pas se défendre tout seul. Et il ne peut pas toujours compter sur les autres. Non, nous ne voulons pas entrer dans l’OTAN mais travailler avec elle. Nos voisins ne sont pas nos ennemis mais des alliés stratégiques. A nous de définir la nature du partenariat que nous souhaitons. Dans l’intérêt de notre pays.
Car nous assistons à un nouvel ordre mondial. Nous sommes en train de passer à un monde fondé sur la paix, les règles de droit et la démocratie par la coopération à un monde instable basé sur des zones d’influence où la loi du plus fort domine. Pour défendre nos valeurs, avec qui pouvons-nous et voulons-nous coopérer ?
L’initiative veut imposer une conception qui n’est pas la nôtre. Un principe qui méconnaît notre histoire et qui, en excluant la coopération, affaiblit la capacité de la Suisse de se protéger. Le Conseil fédéral et le Parlement n’en veulent pas. Dire non à cette initiative signifie conserver la neutralité qui a fait ses preuves. Cette neutralité incarnée par le général Guisan qui assure notre souveraineté, notre sécurité et notre liberté.
Jacqueline de Quattro
Conseillère nationale PLR